Interview de Mounir Rochdi, Directeur des Systèmes d’Information et de la R&D de Cybion SA.
I-Expo, le salon de l’information stratégique, de la veille et de l’intelligence économique qui se tenait à Paris les 17 et 18 juin, a été l’occasion pour Cybion d’affirmer sa singularité. Présent dans de nombreux secteurs (défense, santé, développement durable, contrefaçon, nouvelles technologies, etc.), l’entreprise, fondée par Joël de Rosnay et Carlo Revelli, est réputée auprès de ses clients pour son rôle de conseil, tant dans la veille que dans la gestion de crise. Nous avons rencontré certains responsables de pôles au sein de Cybion afin qu’ils évoquent leur métier. Mais en préambule, Mounir Rochdi, Directeur des Systèmes d’Information et de la R&D de Cybion SA évoque cette présence à I-Expo.
Quel bilan Cybion tire de sa présence au salon I-Expo ?
Mounir Rochdi : Ce que nous avons d’abord remarqué à I-Expo cette année c’est la prédominance des offres « logiciels » dans la veille et l’intelligence économique, qu’il s’agisse d’outils adaptés à la recherche ou au traitement d’information, à la surveillance, à la diffusion, certains d’entre eux compilant plusieurs de ces actions. Certains des visiteurs qui se rendaient sur notre stand nous interrogeaient sur notre outil. Lorsqu’ils se rendaient compte que nous étions dans le conseil, ils se montraient satisfaits. Parce qu’ils ont du mal à s‘y retrouver dans cette gamme de logiciels qui sont souvent très intéressants, mais pour lesquels, malheureusement, l’utilisateur à l’impression qu’ils se ressemblent tous. La spécificité de Cybion est justement d’accompagner les clients, les entreprises, pour mettre en place leur système de veille. La majorité des questions qui revenaient portaient sur l’accompagnement : « Pouvez-vous nous aider à choisir l’outil logiciel ? ». Le problème qui se pose lorsqu’on souhaite mettre en place un système ou une cellule de veille dans une entreprise, c’est qu’on a du mal à identifier les vrais besoins. Il y a les besoins exprimés par l’entreprise, par les utilisateurs potentiels, par les veilleurs à l’intérieur même de l’entreprise, mais il y a aussi des besoins non exprimés ou cachés. Quand on ne dispose pas d’un outil, on ignore évidemment qu’elle peut être son utilité. Quand, à l’intérieur de l’entreprise, Cybion met en place un projet et que l’on demande à l’utilisateur ce qu’il attend de cet outil – mener une recherche multilingue, surveiller plusieurs sites, cartographier l’information, etc. – il ne va se baser dans les faits que sur du descriptif d’outil parce qu’il ne l’a jamais eu entre les mains et ne sait pas, par conséquent, ce qu’il peut en faire. Notre rôle c’est aussi de les aider en identifiant des besoins cachés. On se rend compte que parfois des utilisateurs qui expriment un besoin fort de recherches ont besoin en réalité d’un outil de surveillance parce qu’ils ne savent pas que l’outil permet telle out elle action.
« Nous choisissons un outil que lorsqu’il correspond parfaitement aux besoins du client »
Donc, on peut en conclure que le bilan de cette présence à I-Expo est positif
MR : Il est très positif. Les éventuels clients sont satisfaits car ils savent qu’ils peuvent être accompagnés. Notre force c’est notre totale indépendance vis à vis des éditeurs de logiciels. Nous les connaissons, nous entretenons de bonnes relations avec eux, mais nous sommes indépendants. Nous choisissons un outil que lorsqu’il correspond parfaitement aux besoins du client.
C’est ce qui fait la particularité de Cybion, cette indépendance ?
MR : Cette indépendance par rapport aux outils c’est ce qui a fait et continue à faire la particularité de Cybion depuis sa création.
L’autre particularité de Cybion, c’est la mise en place de Lucie, outil de lutte contre la contrefaçon
MR : Tout à fait. Sur I-Expo on a pu noter l’intérêt certain des visiteurs pour Lucie. Avec la crise la contrefaçon et les ventes de produits contrefaits ne pourront qu’exploser, comme le souligne Clément Bourrat dans l’interview que l’on peut lire ici-même. La particularité de notre produit Lucie c’est qu’on ne se base pas que sur l’Internet. On parle beaucoup de veille sur l’Internet, mais la veille ne s’y limite pas. En allant visiter un salon comme I-Expo on fait déjà de la veille car on peut savoir quels outils existent, qui représente quel outil, on remarque, si l’on a l’habitude de visiter ce type de salon, que certaines personnes qui travaillent chez certains éditeurs ont changé de poste et qu’ils sont maintenant passer à la concurrence. Donc cette évolution est intéressante à observer.
I-Expo a t-il été une opportunité pour approcher de nouveaux clients, voire d’aborder de nouveaux secteurs ?
MR : Le premier objectif de ce salon pour Cybion était de dire que nous sommes toujours là et que nous sommes toujours spécialistes du web. Nous le maîtrisons très bien parce que nous sommes une sorte d’équipe hybride. Nous sommes des internautes avertis : nous surfons beaucoup, nous cherchons beaucoup, nous consommons beaucoup d’Internet, de réseaux sociaux, d’emails, de textes, nous créons des pages webs, etc. Mais cette partie technique qui se trouve derrière le webmaster (création, référencement, etc.) nous permet aussi de maîtriser toutes les actions de veille. Lorsqu’on veut chercher quelqu’un qui fait de la désinformation ou de la déstabilisation, lorsqu’on veut vérifier une source d’information, on sait comment ça marche derrière. On sait comment déposer ou configurer un nom de domaine, comment créer un site, comment faire du référencement… On connaît donc les armes utilisées par ceux qui lancent des rumeurs.
« Avec 20 euros et du savoir-faire on peut déstabiliser une entreprise de taille mondiale »
Tout cela est bien illustré à travers les propos des différents responsables de pôles que l’on peut lire sur veille.com
MR : Oui, absolument. Pourquoi aujourd’hui y t-il de plus en plus de désinformation et de déstabilisation ? Au-delà des actions professionnelles menées par des associations ou des bureaux de lobbying ou des concurrents, le schéma de contestation des consommateurs a changé. Il est remplacé depuis quelques années par un nouveau schéma. Auparavant un consommateur mécontent appelait le service client ou lui envoyait une lettre. Aujourd’hui c’est fini. L’avantage avec le courrier ou le coup de téléphone c’est que cela reste entre le consommateur et l’entreprise. Personne d’autre n’est au courant hormis l’entourage proche du consommateur. Aujourd’hui, quand ce dernier est mécontent, il va sur un forum ou il crée un blog, un site - « Jeboycottetellemarque.com » - alors qu’il n’a peut-être même pas contacté le service client. Ce nouveau schéma de contestation se voit immédiatement sur l’Internet. D’autres personnes vont en profiter. Cela peut-être même des concurrents. Au départ la désinformation n’émane pas forcément des concurrents. Cela peut partir réellement d’un consommateur mécontent. Mais le concurrent ou certains groupes de lobbying vont profiter de cette contestation pour la professionnaliser. C’est pourquoi les entreprises doivent être très vigilantes par rapport à ça. Internet est devenu un outil facile à utiliser. Les outils de création de contenu sont adaptés à tous. En cinq minutes on peut avoir du contenu en ligne. Avec 20 euros (prix d’un nom de domaine et d’un hébergement) et du savoir-faire on peut déstabiliser une entreprise de taille mondiale. Après cela ne signifie pas que ce contenu est très bien référencé. Mais si le consommateur se débrouille bien en référencement, en e-clinking, s’il sait participer aux bons réseaux, dans les bonnes sphères de communication, s’il sait utiliser les techniques d’influence, et surtout être méthodique il peut attirer du monde sur son site. Avoir du monde sur son site signifie que l’on est bien référencé. Lorsqu’on tape la marque sur un moteur de recherche, le site de rumeur ou de désinformation risque de sortir en premier. Dans ce cas il est difficile de le faire disparaître. Certains penseront à l’action en justice. Mais cela n’aboutira qu’à renforcer ce site car tout le monde s’y connectera. Lorsqu’on le recherchera sur le moteur on lui donnera plus d’importance. Donc idéalement il faut d’abord essayer de pousser ce site dans le référencement, c’est-à-dire de le faire passer de la première à la deuxième, troisième, voire quatrième page. Alors on a plus ou moins gagné la partie car la majorité des internautes s’arrête à la deuxième ou troisième page de résultats des moteurs de recherche.
« Le veilleur ne doit jamais travailler seul »
Notre métier c’est aussi d’aider les entreprises à améliorer leur image sur l’Internet et surtout de minimiser l’impact de sites de désinformation. Nous avons remarqué également que les clients souhaitent capitaliser leur information. C’est bien d’avoir des outils sophistiqués pour tracer une cartographie précise de l’information. Ces outils existent et ils sont performants. Mais il est important de capitaliser et surtout d’analyser ce qu’on trouve. On parle d‘information stratégique que si l’on en fait quelque chose. Si on la récupère, on la stocke et qu’on n’en fait rien, l’aspect stratégique est nul. Une information est périssable. Si on ne l’utilise pas tout de suite c’est comme si on n’avait rien trouvé. Il y a donc un manque de capitalisation de l’information chez les entreprises. Il y a également un manque d’intelligence collective. Lorsqu’on prend un outil évolué de veille, l’entreprise met un veilleur responsable. C’est lui qui est chargé de veiller alors que le veilleur est d’abord un animateur : il anime un réseau d’autres veilleurs, un réseau de correspondants dans une entreprise. Donc le veilleur ne doit jamais travailler seul, c’est pourquoi il faut développer cette notion d’intelligence collective dans les entreprises. Chaque salarié est une mini cellule de veille pour l’entreprise.
Une notion très ancrée chez Cybion
MR : Oui, nous l’avons développée en interne. Chacun de nous est un capteur d’informations. Parce que chacun maîtrise des domaines spécifiques et peut donc aider l’autre, peut lui fournir des informations dans son domaine. Par exemple Laure Poissonnier est spécialisée dans la santé. Elle va surveiller davantage la santé que la défense. David Zagni, lui, surveille la défense. S’il trouve des éléments sur la santé, il lui transmettra. Et inversement. L’information circule facilement. Il y a une interaction.




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