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  Les organisations sont démunies face à une attaque

mercredi 15 juillet 2009 , par Equipe Veille.com     Bookmark and Share

Interview de David Zagni, responsable des pôles économie et marketing chez Cybion SA.

Les entreprises utilisent de plus en plus l’Internet. Quid des métiers de la défense ?

David Zagni : Les militaires comme les industriels de la défense utilisent de plus en plus l’Internet comme source d’information. Par exemple il arrive que dans certains pays les militaires utilisent Google maps, les cartes étant plus mises à jour que les leurs. Autre exemple de cette prise en considération de l’Internet par les forces armées : Tsahal, l’armée israélienne, recommande à ses soldats de ne pas utiliser Facebook afin ne pas laisser de traces sur l’Internet. Ce sont des exemples particuliers, mais on pourrait en citer de nombreux autres qui démontrent qu’Internet est utilisé à des fins de renseignements mais également d’attaques puisque désormais, on assiste à de véritables cyber-guerres entre certains états. Le cas le plus connu étant celui qui a opposé la Russie à l’Estonie, en 2007. La même année, les Etats européens ont créé un cyber-commandement en Europe pour coordonner la lutte contre ce genre d’attaques. Les Américains ont également annoncé la création d’un commandement similaire il y a quelques semaines, preuve que les cyber-attaques et le cyber-terrorisme représentent une menace croissante et qu’elle est prise en compte par les Etats.

Peut-on craindre d’autres cyber-attaques à l’avenir ?

DZ : Oui, ce genre d’attaques se renouvellera vraisemblablement régulièrement. Il n’y a pas de déclaration de guerre, mais il peut y avoir des dégâts assez importants dans les rangs ennemis, non pas des dégâts humains, mais plutôt en terme de désorganisation. Et cela peut prouver la force de certains états, comme la Chine ou la Russie, très en pointe dans ce domaine.

Quel est le rôle de Cybion dans ce contexte-là ?

DZ : Cybion possède une expertise en matière de collecte, de traitement, d’analyse et de diffusion de l’information ainsi que de gestion de crise sur Internet. Nous travaillons avec des industriels de la défense et avec des ministères sensibles. Toutefois notre cœur de métier reste les entreprises. Dans notre portefeuille nous avons des industriels de l’automobile, de l’aéronautique, de la défense, de l’agro-alimentaire, des services, des banques, etc. Il s’agit principalement de grosses entreprises, mais des structures de taille plus modestes sont également demandeuses de services et de conseils en matière de gestion de l’information..

Les entreprises peuvent-elles être menacées par des cyber-attaques ?

DZ : Sur Internet, énormément d’attaques sont lancées qui revêtent diverses formes : virus, attaques informatiques contre telle ou telle entreprise ou organisation considérée comme de « méchants capitalistes » ou encore rumeurs, informations fausses, désinformation, etc. Donc, oui, toutes les entreprises sont potentiellement concernées par ce phénomène. La rumeur est dévastatrice et il suffit qu’elle circule sur l’Internet pour qu’elle soit reprise et cause des avaries en terme de chiffre d’affaires et de résultats. Souvenons-nous de Coca-cola dont les ventes ont chuté il y a quelques années parce qu’une rumeur prétendait que ses sodas contenaient de l’urine de rat… Bien sûr cela était non fondé, mais le mal était fait.

Chez Cybion, au-delà de la simple collecte d’information, nous nous efforçons de faire parler ces données, de les interpréter, de leur donner un sens pour nos clients. Nous les conseillons sur la façon de pénétrer sur le territoire de l’Internet : comment communiquer ? Faut-il répondre ou non à des critiques ? Généralement les entreprises sont démunies face à une attaque, une rumeur, voire une opportunité. Elles ne savent pas forcément comment s’y prendre avec une information ou comment l’intégrer dans une stratégie-produit. Cybion est là pour les accompagner dans cette démarche.

Internet comporte de nombreuses zones d’ombres. Comment s’y repérer ?

DZ : On estime à plus de 85% les informations générées par les internautes eux-mêmes. 15% de l’information restant est issue de journaux, de sites institutionnels, de communiqués de presse classiques, etc. La majorité des informations que l’on trouve sur le Net est donc créée par des internautes lambda, des particuliers, des citoyens, des consommateurs, à travers des blogs, des forums, des réseaux sociaux tels que Facebook ou MySpace. Enormément d’informations circulent sur ces supports, mais elles ne sont évidemment pas toutes vraies, crédibles ou solides. Il faut se mettre dans la peau du consommateur ou du citoyen, comprendre sa psychologie pour pouvoir analyser au mieux le contenu des commentaires.

Ce type d’information informelle est-elle exploitable ?

DZ : On s’aperçoit avec l’expérience qu’au niveau des sphères informelles de l’Internet, pêle-mêle les commentaires, les réseaux sociaux, etc., on peut avoir une vision assez claire de la réputation d’une entreprise. On peut voir se dessiner notamment des tendances de marché ou de consommation. Les échanges entre internautes s’intensifient naturellement, du fait notamment de la possibilité offerte par de nombreux sites pour l’internaute d’exprimer son opinion. Cela peut être le départ d’une réflexion pour les entreprises qui prévoient, par exemple, le lancement d’un nouveau produit. En revanche, il faut savoir qu’il peut y avoir énormément de rumeurs, de on-dits… Beaucoup d’entreprises ont repris ce phénomène à leur compte. Au lieu que cela soit un message posté innocemment par un citoyen, il se trouve que celui-ci vient d’une société qui essaye de vendre son produit ou de dénigrer son concurrent.

En revanche sur Internet on trouve assez peu d’informations sensibles. Trouver des informations technologiques, des plans stratégiques d’entreprise ou autres s’avère délicat. On peut chercher, mais sans forcément aboutir à des résultats probants. Mais si un webmaster met en ligne des documents confidentiels, ils sont sur le web, donc disponibles par définition.

En quelque sorte la communication tue l’information

DZ : Oui. A la fin on peut se demander quelle est la crédibilité de tel ou tel verbatim ou message sur un forum. Les commentaires « sponsorisés » vantent parfois tellement le produit ou le service qu’ils décrédibilisent à mon sens l’entreprise qui communique. A l’inverse, certaines communications sont plus subtiles, et il est assez difficile parfois de savoir si c’est fait de bonne foi ou avec une stratégie établie.

Le comportement des internautes a t-il évolué ?

DZ : Indéniablement Internet est entré dans les mœurs pour les consommateurs et les citoyens. Dans la période de crise que nous traversons, les Français se tournent de plus en plus vers Internet tout au long du processus d’achat : information, comparaison, achat, relation clientèle en cas de disfonctionnement. Selon les chiffres de la FEVAD (fédération des entreprises de ventes à distance), le e-commerce représente 5,6 milliards d’euros sur le premier trimestre 2009 (+26%), 22 millions de clients (+700 000) et 52 000 sites marchands (+12 000). Toutefois, le leurre serait de se laisser enfermer dans la sphère Internet, de se laisser submerger par l’hyper-inflation des données et des informations disponibles.

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