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  Si l’entreprise ne veille pas, les ONG ou les consommateurs seront là pour le lui rappeler tôt ou tard

samedi 25 juillet 2009 , par Equipe Veille.com     Bookmark and Share

Interview de Claire Ciangura, responsable du pôle développement durable à Cybion SA.

Qu’est-ce que la veille développement durable ?

Claire Ciangura : Cette veille permet aux entreprises d’anticiper les enjeux du développement durable qui se situent à l’interaction de plusieurs thématiques : sociales et sociétales, environnementales et économiques. Il s’agit d’anticiper tant en fonction de l’actualité développement durable sur Internet, qu’en fonction des enjeux émergeants pour les entreprises, leurs secteurs d’activité, leur géolocalisation.

Quels sont ces nouveaux enjeux ?

CC : Ils peuvent être liés aux produits de l’entreprise, à ses méthodes de production ou aux impacts environnementaux liés à son activité. Par exemple, cela peut être l’étiquetage carbone. Au niveau national (Grenelle de l’environnement), mais également au niveau européen, la volonté politique de l’étiquetage carbone est plus affirmée. Cette volonté affirmée s’ajoute à la labélisation « commerce équitable » et à la certification bio. Prenons l’exemple du café et demandons-nous quelle quantité de CO2 a été nécessaire pour sa production ? Ces enjeux permettent donc aux entreprises de comprendre l’état du marché, voire d’affiner leur approche juridique ou politique. Pour elles, il s’agit de s’adapter et d’anticiper.

Pouvez-nous nous citer une réalisation concrète ?

CC : On parle énormément des enjeux climatiques et du CO2 (suite au Groupe d’Experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat). Mais pendant longtemps on a oublié les enjeux liés à l’eau. Or, les Nations unies évoquent une guerre de l’eau dans le futur et recommandent fortement aux entreprises une gestion plus rigoureuse de leur consommation au sein de leurs unités de production. Il faut préciser que sur ce genre de thématiques nous sommes sur du long terme. Après, concernant certains produits, notamment dans le domaine scientifique, nous sommes davantage dans une approche ponctuelle et immédiate. Prenons des études scientifiques publiées révélant la toxicité de certains composants. L’impact est instantané pour l’entreprise. Nous nous devons de le relever pour qu’elle puisse réagir en interne en terme d’action et de communication concernant le produit en question.

Cybion a t-elle fait de la veille « développement durable » une de ses spécificités ?

CC : La spécificité de Cybion c’est la veille Internet, mais effectivement nous continuons à développer une cellule dans cette thématique-là.

Quels sont les acteurs concernés par la veille « développement durable » ?

CC : Les acteurs institutionnels et les entreprises sont concernés les uns autant que les autres. Le développement durable est un thème relayé par le grand public sur Internet et dans la presse. Les organisations les plus impactées, par conséquent les plus sensibilisées, par cette thématique-là sont les entreprises et les organisations en contact direct avec l’utilisateur. Cela dit, les intermédiaires peuvent être également très touchés.

Souvenons-nous de « l’affaire Nike », largement médiatisée à l’époque. Les sous-traitants de cette marque étaient en non-conformité par rapport à la réglementation locale du travail. Nike a ainsi été visée par plusieurs ONG. Tous les secteurs d’activité sont donc concernés, notamment les entreprises en contact direct avec le consommateur. Toutes les étapes de la chaîne de distribution et de production également. Cela a considérablement impacté l’image de la marque.

L’actualité et l’évolution de l’information « développement durable » impactent-elles sur les demandes de veille ?

CC : Chez Cybion nous disposons d’études annuelles, donc sur le long terme, et, en fonction de l’actualité, le client peut nous faire des demandes ponctuelles suivant des axes de recherches précis. Nous recevons aussi des demandes ponctuelles suite à une information typiquement « développement durable ». Par exemple, il y a actuellement une polémique sur l’installation des antennes-relais au niveau des écoles avec un impact sur la santé des enfants. Certaines organisations nous ont ainsi sollicitées pour surveiller les discours des internautes. Autre axe de veille sur cette thématique : la mise en alerte de ces organisations sur la publication d’études scientifiques relevant l’impact potentiel des antennes relais et de la téléphonie mobile sur la santé humaine.

Les blogs et les forums constituent-ils une source d’information fiable dans le domaine du développement durable ?

CC : Dans ce domaine, il existe une demande de veille très scientifique qui ressort essentiellement de la sphère formelle du web (publications scientifiques, etc.). Une autre recherche, « tendance » ou comportementale, se trouve davantage dans la sphère informelle ( blogs, réseaux sociaux, etc.). Tout dépend de la demande du client.

Quels sont les thèmes récurrents dans ce domaine ? Pourquoi selon vous ?

CC : Côté scientifique, cela peut être par exemple l’exploitation de matières premières utilisées pour la production d’un produit fini, son impact environnemental. Cela peut être aussi l’étude du risque sanitaire lié à la toxicité de certains composants contenus dans ces produits ou dans les emballages. Je pense notamment à la polémique liée au Bisphénol A (BPA) dans les biberons. Nous sommes davantage dans la recherche d’études, de publications scientifiques au niveau national, européen, international.

Parallèlement, il y a un autre aspect, plus comportemental, où une entreprise s’interrogera sur les pratiques de ses concurrents, des ses fournisseurs en matière de développement durable : Comment communiquent-ils sur ce sujet ? Comment leurs actions sont-elles relayées dans la presse ? Ont-ils une bonne image ?

Est-ce qu’une entreprise peut faire l’économie d’une veille sur le net ?

CC : Sur du long terme, non. Mais le développement durable n’étant pas lié au court terme, il n’est pas forcément intégré à la logique économique de l’entreprise. Il est donc primordial pour elles de surveiller les produits, les matières utilisées, les sous-traitants avec lesquels elle travaille. Le cas échéant les ONG ou les consommateurs eux-mêmes seront là pour le lui rappeler tôt ou tard. L’entreprise doit trouver son équilibre entre business et éthique.

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