
| Extraits du Livre "Intelligence Stratégique sur Internet" |
| Par rapport à des pays comme les États-Unis ou le Japon, la "culture veille " française apparaît largement en retrait 1. Essentiellement pour des raisons culturelles et par un individualisme parfois exacerbé, les entreprises françaises demeurent très méfiantes face à la libre circulation de l'information. Cependant, quelques "signaux faibles" permettent de croire que la situation est en train d'évoluer : création d'associations professionnelles 2, apparition de magazines de vulgarisation et de lettres professionnelles 3, prolifération de livres, surabondance de salons, séminaires ou conférences diverses... Autant d'indicateurs qui nous laissent espérer un changement. Mais l'élément catalyseur qui peut vraiment permettre d'activer la veille en France est Internet. Ce gigantesque réseau offre un tel potentiel informationnel, qu'il peut réellement être un accélérateur pour la veille dans l'Hexagone. En effet, si on dispose des bonnes méthodologies et des bons outils, Internet permet de mener des activités de veille très pointues à un coût nettement inférieur à celui des dispositifs classiques de veille. Le syllogisme "semble" parfait :
Hélas, ce n'est qu'une apparence car la condition sine qua non qui manque pour que le syllogisme fonctionne, c'est qu'Internet se développe et soit accepté au sein du pays. En d'autres termes, les entreprises qui mettront en place des systèmes de veille efficaces seront généralement localisées dans les zones géographiques dans lesquelles Internet a pu s'imposer. Or, à ce niveau la situation de la France jusqu'en 1997 n'était guère réjouissante. Différentes raisons ont freiné l'éclosion d'Internet dans l'Hexagone :
À côté des moralisateurs du réseau, on retrouve les "technophobes". Cette catégorie d'alarmistes cherche de façon obstinée à démontrer que l'essor des nouvelles technologies est toujours porteur de dangers pour l'humanité. Avec Internet, ils ont trouvé un nouveau domaine d'action et ils se régalent à animer des débats futiles. Il n'est pas intéressant d'entrer dans une polémique inutile. À partir de l'invention de la roue, l'histoire leur a toujours donné tort. À l'époque de Gutenberg n'a-t-on pas essayé d'interdire l'impression en France pendant six mois, car jugée subversive? À l'époque de Bell, le téléphone fut à son tour accusé d'induire les pires maux de la société. Toute révolution technologique aura toujours ses détracteurs. On ne peut rien y faire. Le danger est purement local car les détracteurs tendent à se concentrer dans des pays qui, par la suite, seront obligés de redoubler d'efforts pour rattraper le temps perdu 4. À un niveau international, l'essor technologique est inévitable. Que cela plaise ou non 5. 1 .Voir D. Rouach op. cit. et J. Sala, Le paradoxe français, Veille Magazine, novembre 1996. 2 .Notamment SCIP France, branche autonome de la Society of Competitive Intelligence, le SYNAPI, L'AF2I , L'AFNOR, L'ADBS . . . 3 .Par exemple, l'incontournable Veille Magazine. 4 .Ainsi, au lieu de constituer des commissions d'experts acharnées à traduire immédiatement browser en "butineur", e-mail en "mél", web en "toile", ne serait-il pas plus important d'essayer d'apporter du contenu français sur Internet? Qu'attend-on avant de mettre en ligne les milliers d'archives, bases de données, documents qui existent en France ? Est-ce vraiment par la "frénésie des traductions instantanées" que la francophonie va se renforcer? N'est-il pas plus sensé d'apporter sur Internet du vrai contenu? 5 .Un article paru le 8 octobre 1997 dans le New York Times est très révélateur de ce qui est train de se passer : "U.S. tells world: get on the net or get lost". [ Ira Magaziner, the Clinton Administration's senior advisor for Internet policy development, told representatives of 21 nations at a high-tech forum in Amsterdam that the Internet is an engine growth for the world economy and that the private sector should lead the Net's development: "We want to come together with other countries as equal partners, with the private sector leading and government playing a supporting role. Our approach is not to have a trade negotiation. By 2005, at least 1 billion people will be on the Internet. If 40 million Frenchmen aren't there, that's their problem" ] |