Extraits du Livre "Intelligence Stratégique sur Internet"

    Le rôle des agents intelligents::1::::2::::3::::4::::5::

Agents pour la veille

L'information se renouvelle à une telle vitesse sur Internet qu'il est humainement impossible de suivre l'évolution de l'offre d'un concurrent, l'actualité d'un secteur économique ou l'apparition d'innovations technologiques sans l'aide d'assistants électroniques. Nous avons vu que dans certaines circonstances, la recherche d'informations peut se passer des agents et peut être optimisée même de manière manuelle 1. Ceci n'est pas possible pour des activités de veille pointues. Même si vous obligez une personne à rester «branchée» nuit et jour sur Internet pour surveiller ne serait-ce que dix sites assez volumineux, vous n'obtiendrez pas de résultats satisfaisants. La quantité d'informations est trop importante pour qu'un être humain puisse détecter tous les changements qui ont eu lieu. Il faut donc qu'il puisse «collaborer» avec les agents de veille. Schématiquement nous pouvons distinguer deux grandes familles d'agents. Les agents de type pull et les agents de type push.

Pull littéralement signifie «tirer» alors que push signifie «pousser». Quand vous allez sur le site de Yahoo! pour y mener une recherche, on dit que vous êtes en train de «tirer» (pull) l'information du serveur de Yahoo! jusqu'à votre machine. En effet, vous avez effectué la démarche active d'allumer votre ordinateur, de vous relier à Internet, de vous connecter au site de Yahoo!, de saisir les mots clés de votre recherche et enfin de rapatrier les documents 2 sur votre ordinateur. Vous êtes en train de faire du pull à l'état pur... Cependant, vous pouvez continuer à faire du pull en déléguant certaines tâches répétitives à un agent. Si par exemple, au lieu de vous connecter directement à Yahoo! vous déléguez cette tâche à votre agent de recherche (par exemple WebSeeker), il s'agit toujours de pull. Dans ce cas, l'agent vous remplace et il «tire à vous» les informations demandées. Dans la démarche pull, ce qui est important c'est que vous êtes actif dans vos choix même si vous confiez le travail répétitif à l'agent. De même, si avec un agent de veille comme Webspector (cf. infra) vous décidez de surveiller le site web d'un concurrent, c'est toujours du pull même si l'agent vous stocke les pages qu'il trouve et vous donne l'impression de les « pousser» à vous (push).

Dans une optique push 3, en revanche vous jouez un rôle beaucoup moins actif car l'information est «poussée» jusqu'à vous. C'est exactement le même principe que la télévision. Vous avez des dizaines de chaînes qui diffusent des informations et votre rôle consiste uniquement à choisir la chaîne qui vous convient et à la suivre. Sur Internet c'est la même chose. Vous avez des logiciels de type push ( PointCast, Marimba, BackWeb, etc.) qui vous permettent d'accéder à des centaines de chaînes d'informations (CNN, New York Times, Washington Post, etc.) à caractère souvent thématique (météo, sport, marchés financiers, etc.). Les logiciels de type push ont explosé vers la fin de 1996 en faisant beaucoup de bruit. Certains ont affirmé que désormais le web entier allait se transformer en une «télévision géante» dans laquelle chacun diffuserait des informations à partir de sa propre chaîne. En réalité, ce sont les enjeux financiers énormes (notamment ceux liés à la publicité) qui ont provoqué de tels enthousiasmes. L'information obtenue par ces agents de webcasting (ou web-diffusion) est complètement uniforme et standardisée et s'adapte souvent à une diffusion de masse 4. Elle est donc très utile pour suivre l'actualité en général mais complètement insuffisante pour mener des activités de veille personnalisées. Avec les technologies push, c'est le gestionnaire de chaque chaîne qui décide du contenu de celle-ci et qui le diffuse (à travers un serveur), alors qu'avec un agent pull, si vous décidez de vous créer une chaîne, vous êtes maître de son contenu et c'est votre agent (un logiciel client) qui rapatrie les informations qui correspondent à vos choix (tableau 2.1). L'intervention et la personnalisation humaines sont beaucoup plus importantes avec les agents de type pull.

Parfois la frontière entre agents pull et agents push devient très subtile surtout depuis que les browsers les plus récents (à partir des versions 4.0 de Netscape Navigator et Internet Explorer) intègrent simultanément les deux technologies... Par ailleurs, le fait que les channels officielles peuvent désormais cohabiter avec des channels personnalisés tendra à renforcer cette confusion.

Nous sommes persuadés que les deux systèmes vont coexister plus ou moins pacifiquement, tout simplement parce qu'ils sont complémentaires. Croire qu'Internet va se transformer en un système unique de web diffusion c'est un peu comme croire que la télévision est le seul média qui va survivre et que, dorénavant, personne ne fera plus la démarche de choisir et d'acheter un quotidien ou d'aller en bibliothèque faire une recherche précise... Par ailleurs, même en admettant que le modèle push s'impose et que le web se transforme peu à peu en une énorme télévision avec une multitude de chaînes officielles et non officielles, nous nous retrouverons exactement dans la situation actuelle avec les mêmes problèmes liés à l'information sur Internet (surabondance de chaînes pas toujours pertinentes et fiables...).


1 .Par ailleurs, il faut remarquer que souvent certains agents offrent à la fois des fonctions de recherche d'informations et de veille.

2 .Il faut savoir que vous rapatriez des informations même si vous ne faites pas la démarche volontaire de les enregistrer sur votre disque dur. En effet, chaque fois que vous visitez une page, celle-ci s'enregistre automatiquement dans la mémoire cache de votre ordinateur. Voilà pourquoi, quand vous allez sur Internet à la recherche de quelque chose, on dit que vous «tirez» les informations que vous trouvez.

3 .Parfois le mot push est remplacé par des termes plus ou moins synonymes: push media, webcasting, webdiffusion, broadcasting, etc. Par ailleurs, la comparaison entre les services push et les listes de diffusion (mailing lists) n'est qu'apparente.Tous les deux, certes, impliquent que l'on reçoit des informations auxquelles on a souscrit. Mais la grande différence c'est le manque d'interactivité des logiciels push. En effet, vous ne pouvez pas répondre à des messages comme au sein d'une mailing list.

4 .Ce qui ne veut pas dire que le push soit une technologie réservée uniquement au grand public. Même si les nombreux producteurs ont d'abord misé sur le marché grand public, peu à peu ils ont développé des applications pour le marché professionnel des intranets. Quand on parle de diffusion de masse,on entend «diffusion uniforme au sein d'un groupe défini d'utilisateurs». Par ailleurs, le push pur a lieu par ondes radio. Pour l'instant, uniquement la société AirMedia diffuse, à partir d'un serveur central, des informations par ondes radio qui peuvent être reçues uniquement avec un petit récepteur que l'on peut relier à un ordinateur (http://www.airmedia.com). Pour une vision objective du push, lire l'intéressant article de Michel Bauwens, «Push, l'info personnalisée: le souffle retombe», .Net, décembre 1997.

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